Subsides et plaidoyer politique, les spécificités des ASBL environnementales

Les ASBL environnementales sont parmi celles qui disposent le moins de subsides, affirme la Fondation Roi Baudouin. Alors comment créer et gérer une ASBL dans le secteur de l’environnement aujourd’hui ? MonASBL.be a posé la question à une série d’acteurs du terrain.

Les questions d’environnement, de climat et d’énergie, voilà l’enjeu qui connait la progression la plus importante parmi les préoccupations des Belges. C’est ce qu’affirmait le dernier sondage d’opinion commandé par la Commission européenne juste avant le début de la pandémie, en novembre 2019. 

« Pendant longtemps l’énergie a pris le dessus sur les questions en matière d’environnement et la nature a été laissée de côté, analyse Sophie Maerckx, co-coordinatrice de l’ASBL Apis Bruoc Sella, une association bruxelloise d'éducation à l'environnement et de sensibilisation à la nature urbaine. Maintenant, le secteur de la nature est un peu plus pris en compte notamment avec la crise de la COVID. Il y a une prise de conscience quant à notre déficit de relation avec la nature ».

Ainsi, sur tout le territoire belge, des ASBL environnementales s’activent pour répondre aux besoins et aux préoccupations des citoyens. Que ces derniers se soient révélés avant ou pendant la pandémie.

« Je maitrise mon sujet, mais j’ai besoin d’aide pour le fonctionnement »

Pour Laetitia Cloostermans, le premier confinement a même été l’occasion de se lancer dans l’aventure associative environnementale. En avril 2020, elle a créé son ASBL Less Béton dont l’activité consiste à mener des projets de dépavage/désasphaltage participatif sur l'espace public. « Cela fait plus d’un an que je travaille sur le projet », nous expliquait-elle quelques semaines après son lancement.  L’idée de se constituer en ASBL s’était concrétisée juste avant le premier confinement. Et ce dernier a accéléré le processus.

Près de neuf mois après la création de Less Béton, MonASBL.be a repris contact avec Leatitia Cloostermans. Un premier chantier dans le quartier de la place Willems à Laeken va bientôt être lancé. Elle nous explique alors que les difficultés rencontrées jusqu’à aujourd’hui ne sont pas liées à la mission qu’elle poursuit, « mon sujet je le maitrise et je me forme tout le temps, c’est surtout au niveau du fonctionnement de l’ASBL que j’ai besoin de conseils ». Elle nous parle notamment des difficultés pour la rédaction des statuts ou encore quant au choix des sources de financement. Par exemple, « on m’a un peu découragée à recourir au crowdfunding en me disant que ça prend beaucoup de temps et d’énergie et que finalement c’est bien surtout pour gagner en notoriété ».

Ces difficultés, Sylvie Meekers, directrice générale de l’ASBL Inter-Environnement Wallonie, les connait bien. « Quand elles passent à un statut d’ASBL, les associations environnementales ont des difficultés à trouver des ressources pour se structurer, pour assurer le suivi des subventions, etc. On connait nous aussi ces difficultés même si on commence à se professionnaliser ».

Avant de prendre la forme d’une ASBL, Apis Bruoc Sella a existé pendant deux ans comme association de fait. Une manière intéressante selon sa co-coordinatrice Sophie Maerckx de se lancer progressivement et de tester ses projets. « Même si le statut d’ASBL a l’avantage de pouvoir demander des subsides », reconnait-elle.

Les aides et subsides, une des fragilités du secteur

L’accès aux subventions publiques est justement « l’une des fragilités du secteur de l’environnement », estime par ailleurs Sophie Maerckx. « On peut trouver des financements ponctuels mais financer de la coordination, de l’administration etc. sur le long terme c’est très difficile ».

Les chiffres du Baromètre des associations de 2020 de la Fondation Roi Baudouin le confirme : « Les associations actives dans les domaines environnement / bien-être animal et coopération au développement, disposent le moins souvent de subsides publics. Ils font (ou doivent faire) relativement plus souvent appel aux cotisations des membres et aux recettes commerciales. Les très grandes et grandes associations peuvent, plus souvent que les petites associations, faire appel à des financements publics permanents ».

De son côté, l’ASBL Less Béton est parvenue à obtenir un subside de 10.000€ de la Ville de Bruxelles pour un premier projet en partenariat avec l’ASBL Au bord de l'eau. Son objectif toutefois est de pouvoir obtenir des aides qui lui permettraient d’avoir une vision sur le long terme.

Ainsi, l’association a récemment rejoint un consortium pour porter un projet auprès d’Innoviris. « Si on l’obtient, ce serait un financement pour 3 ans », explique Laetitia Cloostermans. Aussi, elle vise les contrats de quartier dont la durée est de 50 mois maximum. « Ce sont des subsides qui permettent de voir plus loin. Mon but c’est d’avoir un soutien plus structurel ».

Depuis 2009, l’ASBL Apis Bruoc Sella est agréée par la Région bruxelloise. « Cet agrément nous a permis d’avoir des subsides quinquennaux. En Région Bruxelles-Capitale c’est l’un des seuls financements structurels auxquels on peut prétendre ». Si l’ASBL bénéficie encore des subsides de la Région ces derniers ont toutefois été réduits de moitié ces dernières années.

Lire aussi : Devenir une ASBL agréée : pourquoi et comment ?

Aussi, depuis 5 ans, « on constate qu’il y a une évolution plutôt vers des financements par projets, vers des marchés publics ». Ainsi aujourd’hui l’ASBL, qui compte quatre employés, est financée à 25% par les subventions et le reste par des marchés publics. Un mode de financement qui a des conséquences sur ses activités : « Les marchés publics encadrent nos activités. On est devenu beaucoup plus institutionnalisés ».

Le plaidoyer politique, une spécificité environnementale

Pour Sophie Maerckx la grande difficulté réside également dans le financement des activités de lobbying exercées par l’ASBL qui « ne sont pas financées et pas finançables » par les pouvoirs publics.

En effet, l’une des particularités des ASBL environnementales se niche dans leur activité de plaidoyer politique. De son côté, l’ASBL Inter- Environnement Wallonie reçoit une subvention pour « établir une veille sur les thématiques environnementales qu’on couvre », nous explique Sylvie Meekers. Toutefois, comme le note la directrice, « on sent forcément que les priorités vont changer. Surtout en période de crise on imagine que les ministres seront moins motivés de débloquer des budgets pour être critiqués ».

La mise en réseau des ASBL

Enfin, certaines ASBL interrogées ont également mis en lumière les difficultés autour de la mise en réseau entre les ASBL environnementales. Sophie Maerckx donne l’exemple du projet biodiversity.brussel, porté par une dizaine d’associations et de collectifs citoyens. « On avait défini tout un questionnaire pour connaitre les ambitions des différents partis en matière environnementale et pour pouvoir revenir vers ceux qui seraient élus. Mais on n’a pas encore réussi à l’exploiter comme on le souhaitait parce que c’est un travail qui est lourd et qui demande beaucoup de ressources aux ASBL ».

Georges Abts, coach dans le Projet Ose le vert au sein de l’ASBL Natagora, analyse cette dynamique : « Je me rends compte que l’associatif est quasiment un marché. On a beau être motivés par des valeurs éthiques, etc. à la fin du mois on doit être payés ».

Lire aussi : S’organiser en réseau d’ASBL oui, mais comment ?

Toutefois, des ASBL telles que Natagora, qui est l’une des grosses organisations du secteur, sont habituées à collaborer avec d’autres acteurs. Georges Abts nous donne l’exemple du projet Ose le Vert réalisé en partenariat avec GoodPlanet Belgium et la coopérative Cera ; ou encore la plateforme observations.be, une plateforme d’observations naturalistes en Belgique, issue d’une collaboration entre Natuurpunt, Natagora et la fondation néerlandaise qui a créé également les sites waarneming.nl et observation.org.

Seules ou bien en réseau, les ASBL environnementales auront incontestablement un rôle à jouer dans la réflexion du monde de l’après COVID. En effet, un sondage du CNCD montrait que les Belges aspirent à un « monde d’après-coronavirus » juste et durable. Dans le même esprit, en octobre dernier le SPF Santé public publiait une note dans laquelle il rappelait « la nécessité d’intégrer la transition environnementale et sanitaire dans les plans de relance post-covid. »

Caroline Bordecq