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FINANCEMENT 6 mai 2026 Carte blanche

Et si les ASBL disparaissaient en Belgique ?

Carte blanche | On l’a bien compris, ces temps-ci, le monde associatif n’a pas le vent en poupe. Certains partis politiques ont annoncé la couleur : sus aux bouffeuses de subsides, j’ai nommé les ASBL. Soit. Prêtons-nous à l’exercice et imaginons une Belgique sans ASBL.

[Le dossier de la rédaction] :

Mais où sont passés nos jeunes ?

On ne sait pas. Finis les clubs de sport. Adieu à la plupart des structures proposant stages et autres activités à nos bambins et ados. Il en resterait, bien entendu, mais nettement moins et à des prix nettement moins accessibles. Ne fut-ce que pour occuper vacances et autres temps libres et pour permettre à ces jeunes, au choix, d’acquérir des compétences, de s’occuper dans un cadre sécurisé et sécurisant, de développer des liens sociaux …

Fini. Il n’y en aura clairement plus pour tout le monde. Se pose alors la question de la garde de cette marmaille pas toujours en âge de se garder seule. Lorsque la solidarité familiale n’est pas possible, ne reste que la solution de la réduction du temps de travail pour l’un des deux parents. Ce qui signifie aussi diminution du pouvoir d’achat et donc ralentissement de l’économie.

Et où sont passés les jeunes « à problèmes » ?

On ne sait pas non plus ! Finies les AMO et autres structures intervenant auprès des jeunes en difficultés. Ça, c’est un peu plus embêtant, car qui dit manque de suivi des situations problématiques dit que ces dernières ne vont pas disparaître d’un coup de baguette magique. Non ?! Non. Et en général, lesdits problèmes s’expriment surtout dans toute une série d’activités illicites qui, à terme, menacent la sécurité de tous. Recrudescence donc de la petite et grande délinquance, des trafics en tous genres, etc.

Et l’emploi dans tout ça ?

Ah, ça, mystère. Actuellement, il existe pléthore de structures associatives subventionnées et dont la mission consiste à accompagner les demandeurs d’emploi. Certes, il y en a beaucoup et peut-être même que certaines font double emploi. Par contre, entre rationaliser et supprimer, il y a un pas que nous allons franchir, en imaginaire.

Sans toutes ces structures, ceux qui ont besoin de suivi et d’accompagnement pour chercher un emploi, se former, etc n’auront tout simplement pas de suivi et d’accompagnement. Bonne chance pour (re)trouver un emploi sans qualifications, sans savoir se présenter oralement ou par écrit, sans aucune idée du fonctionnement du marché de l’emploi… Autant de personnes qui resteront, vraisemblablement à vie, dépendantes des aides sociales. Et donc, un coût plus grand à assumer pour l’ensemble de la société. Je vous ai aussi parlé du développement de l’économie parallèle qui en découlerait ? Non ? Je vous laisse imaginer.

Lire aussi : Une culture sans ministre ni subsides aux ASBL ? Le secteur répond à Georges-Louis Bouchez

Tissu social déchiré

Les ASBL créent aussi du lien. Clubs sportifs de quartier, maisons de jeunes, associations culturelles, groupes de soutien, initiatives citoyennes… autant de lieux où les gens se rencontrent, s’entraident et construisent une vie collective. Et ça, c’est essentiel à l’humain non androïde que nous sommes (encore). Sans ces espaces, la société deviendrait (encore) plus individualiste et plus fragmentée. Dans certains quartiers, les associations sont parfois les seules structures qui maintiennent un dialogue entre habitants, générations et cultures. Fermer cela revient à ouvrir une affreuse boîte de Pandore faite, entre autre, d’incompréhensions. Vous me voyez venir ? Insécurité, blablabla.

Des services publics débordés

Il faut aussi rappeler une réalité souvent mise sous le tapis : les ASBL complètent les services publics. Elles interviennent là où l’État ne peut pas toujours être présent de manière flexible ou rapide. Dans l’aide aux sans-abri, l’accompagnement des victimes, l’accompagnement des assuétudes, l’aide alimentaire, la santé mentale ou l’intégration sociale, elles agissent comme des partenaires essentiels. Les supprimer reviendrait à transférer soudainement ces responsabilités vers des administrations déjà sous pression. Et ça, franchement, en termes de santé publique et de sécurité globale, ça se pose là. Les problématiques citées plus haut sont bel et bien présentes et ne disparaîtront pas avec la fin des dispositifs associatifs dont elles bénéficient. La société en général a fort à perdre sans ces associations.

L’histoire est sans fin

On pourrait continuer la démonstration avec les dispositifs de prise en charge des personnes handicapées. Les associations destinées aux séniors. Les lieux à vocation culturelle, ou encore artistique. Tout ce qui éveille l’âme, la nourrit, tisse le lien social. Le fait est, n’en déplaise au bleu en chef, que nous ne sommes pas destinés à être des machines ayant pour seule fonction de travailler, consommer et payer des taxes. Un monde sans lien social, avec des inégalités encore plus marquées, une insécurité galopante, ça ne fait rêver personne.

MF - travailleuse sociale au sein d’une ASBL