Quand il s’agit de choisir un contrat d’énergie, on pense généralement avoir le choix entre deux options : un contrat à prix variable (qui suit l’évolution du marché) ou un contrat à prix fixe (figé tout au long du contrat). Il en existe en réalité une troisième, encore méconnue : le contrat à clic.
Le concept ? L’ASBL ne fixe pas son prix de fourniture en une seule fois à la signature du contrat, mais va le construire progressivement en fixant (cliquant) des prix de marchés qu’elle aura jugé intéressants. « En quelque sorte, ce sont les deux en un : tant qu’on ne fait rien, on est en variable, puis, en fonction de l’évolution des prix, on peut décider de les bloquer », explique Derek Ralet, co-fondateur de Flexy, courtier en énergie, qui précise que ce produit est généralement accessible à partir de 150 MWh/an (soit plus ou moins 3.000€ de dépense d’énergie par an).
Contrat à clic : comment ça fonctionne ?
Première étape : sélectionner un fournisseur d’énergie et signer le contrat qui définit les règles (le volume, les conditions…).
Deuxième étape : fixer progressivement les prix sur le portail du fournisseur d’énergie pour les périodes définies, généralement des années civiles, avant que celles-ci ne commencent.
L’ASBL peut cliquer jusqu’à quatre fois pour chacune de ces périodes, et à chaque clic elle peut choisir un pourcentage de volume de consommation annuelle. « Ce n’est pas obligatoire de cliquer 100% du volume en un coup, on peut étaler les clics pour lisser le risque », explique Derek Ralet. Le prix final payé par l’ASBL étant la moyenne pondérée des quatre clics réalisés.
Exemple :
L’ASBL ouvre un contrat clic le 1er janvier 2027, dès ce jour-là elle peut fixer des prix qui lui semblent intéressants pour les années suivantes. En 2028, le prix qu’elle paiera correspondra à la moyenne des quatre prix sur lesquels elle aura cliqué jusqu’au 31 décembre 2027 ; en 2029, le prix qu’elle paiera correspondra à la moyenne des quatre prix sur lesquels elle aura cliqué jusqu’au 31 décembre 2028 ; etc.
Par ailleurs, il existe une option hybride : admettons qu’une ASBL ouvre un contrat clic au mois d’octobre 2026, elle peut décider de 50% du volume d’ici le 31 décembre 2026. Ainsi, en 2027, la moitié de son volume sera en prix variable et l’autre moitié au prix cliqué.
Une option face à la volatilité des prix
Selon Derek Ralet, cette option est particulièrement intéressante pour les ASBL dans une période de forte volatilité des prix comme celle que nous vivons. « Depuis quelques mois, ils ont fortement augmenté à cause des tensions géopolitiques », observe-t-il. Fixer les prix de son énergie alors que ceux-ci sont au plus haut, « ce n’est pas l’idéal », prévient l’expert. Parallèlement, les contrats étant généralement sur plusieurs années, « opter pour un prix variable est également risqué car il ne sera pas possible de réagir à l’évolution du marché. Un contrat clic permet en revanche d’ouvrir un contrat et de voir comment cela va évoluer », poursuit-il.
L’ASBL Cocoon Groupe, elle, apprécie la sécurité que ce contrat apporte d’un point de vue budgétaire. « On sait à l’avance ce que l’énergie va nous coûter », affirme Vincent Favray, responsable des services techniques. Parallèlement, « le contrat à clic est plus avantageux qu’un contrat fixe par rapport à nos volumes de consommation », assure-t-il.
De fait, l’autre grand avantage, ce sont les économies réalisées : de 15 à 30% sur les factures d’énergie, selon Derek Ralet. Les prix pour 2028, 2029, 2030 sont aujourd’hui deux fois inférieurs à ceux de 2027. « L’une des raisons étant que le marché n’anticipe pas les problèmes de 2030 car il ne les connait pas », reprend-il.
Un contrat qui ne s’adapte pas à toutes les ASBL
Un tel contrat nécessite toutefois de savoir s’y prendre. Soit l’ASBL a les ressources en interne pour exercer une gestion active du contrat, soit elle peut se faire aider par une personne externe. Ce service a un coût, pouvant aller de quelques centaines à quelques milliers d’euros par mois.
Quand Cocoon Groupe a ouvert son premier contrat à clic, en 2023, ils l’ont géré en interne. « Nous sommes une petite ASBL donc personne n’était dédié à ça. On a cliqué en voyant les prix monter, par peur, mais après ils ont diminué et c’était trop tard », se souvient Vincent Favray.
Une fois ce contrat terminé, l’ASBL a été accompagnée gratuitement par Flexy, dans le cadre d’un partenariat avec Source Hub, pour sélectionner un fournisseur plus adapté et pour cliquer. Le prix de l’électricité est ainsi passé de 109 à 89€ / MWh, et de 49 à 35€ / MWh pour le gaz. Soit une baisse de 30 000€ sur la facture de 2027.
Il reste néanmoins toujours le doute d’avoir fait le bon choix. « On a peut-être encore cliqué trop haut. Pour être honnête, je ne regarde plus les taux. Ça ne sert à rien de se faire du mal… », se résout Vincent Favray.
Caroline Bordecq