FINANCEMENT 31 mars 2022

Ukraine - Collecter des fonds en situation d’urgence : « Il faut rassurer et pas seulement émouvoir »

De nombreuses ASBL ont lancé des collectes de fonds pour pouvoir venir en soutien au peuple ukrainien. Dans une telle situation d’urgence, les organisations ont plus que jamais un devoir de transparence, rappelle Erik Todts, président de l'Association pour une Éthique dans les Récoltes de Fonds.

Depuis le début de la guerre en Ukraine, les élans de solidarité se sont multipliés. Dans ce contexte, les ASBL belges jouent un rôle important que ce soit sur le territoire ukrainien, aux frontières ou encore auprès des réfugiés arrivés en Belgique.

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Pour mener à bien leurs actions, de nombreuses associations ont besoin de récolter des fonds. C’est le cas de l’équipe belge du réseau ADRA qui s’est activée sur deux fronts : les dons privés et les fonds institutionnels. « Nous avons récolté 15.000€ de dons privés depuis le début de la crise. Pour les fonds institutionnels, nous avons entré des dossiers au niveau de la Province, de la Ville de Bruxelles… », explique Zoe Nolis, en charge de la communication et récolte de Fonds pour ADRA Belgique.

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« On a déjà eu des échos de fausses collectes »

Toutefois, comme dans chaque situation d’urgence, de fausses collectes menées par des individus malveillants peuvent facilement se mêler à celles lancées par des ASBL sérieuses. « On a déjà eu des échos de fakes dans le cadre de la guerre en Ukraine. Comme il y a des associations qu’on ne connait pas toujours, c’est facile de se faire passer pour l’une d’entre elles en utilisant un faux nom », explique Erik Todts, président de l'Association pour une Éthique dans les Récoltes de Fonds (AERF).

Autre problème soulevé par le président : l’absence de contrôle sur les dons. Mises à part les quelque 2.000 ASBL agréées pour délivrer des attestations fiscales (selon les chiffres de l’AERF), et qui sont donc soumises à une forme de contrôle, les autres ne font l’objet d’aucune vérification.

Aujourd’hui, le ministère des Finances ne prévoit pas de procédure urgente pour recevoir l’agrément, et de nombreuses ASBL ne répondent pas aux critères.

Montrer son sérieux, être transparente

Ainsi, dans un contexte d’urgence comme celui de la guerre, les ASBL – agréées ou non – doivent plus que jamais jouer la carte de la transparence pour rassurer les donateurs.

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« L’ASBL doit montrer son sérieux. Elle peut afficher les comptes des années passées, la composition de l’organe d’administration, ou encore le fait qu’elle est enregistrée à la Banque carrefour des entreprises (BCE). Elle peut expliquer ce qu’elle a fait dans le passé, pas seulement avec une photo mais en décrivant les projets », conseille le président de l’AERF.

La transparence passe également par l’utilisation des biens et des dons. À qui vont aller les dons financiers ? A quoi serviront-ils ? Est-ce que l’association peut prouver qu’elle a un bon canal de distribution sur place ou est-ce que les biens seront déposés à la frontière ?

« Il faut rassurer plutôt que seulement émouvoir », continue Erik Todts avant d’insister sur la responsabilité qui incombe aux ASBL. « Dans cette période où on est dans l’émotion, ça vaut la peine de pousser les donateurs à réfléchir et à être vigilent plutôt que de réagir avec empressement ».

Des organismes, comme l’AERF ou encore Donorinfo, proposent également de jouer les garants du sérieux des ASBL. L’AERF a créé un label comme signe de respect pour le Code Ethique. Seules les associations agréées par le ministère des Finances peuvent y avoir accès. De son côté, Donorinfo, qui a récemment publié une liste d’organisations à qui donner pour soutenir l’Ukraine, propose de vérifier et publier gratuitement les comptes annuels des ASBL sur son site afin d’offrir une garantie de sérieux aux donateurs.

Se concentrer sur son cercle proche

Pour conclure, le président de l’AERF rappelle que dans une telle situation d’urgence, la participation à la solidarité « vient spontanément ». Ainsi, selon lui, les ASBL ont tout intérêt à concentrer leurs efforts de récolte de fonds auprès de leurs cercles proches, de leurs donateurs, « plutôt que de chercher à faire de grandes campagnes. Il ne s’agit pas de récolter des millions d’euros ici mais quelques centaines, milliers ».