DROIT 24 avril 2020

"La solidarité ne doit pas disparaître après la crise"

Depuis 60 ans, l’ASBL l’Ilot héberge et vient en aide aux personnes en grande précarité. Sa porte-parole Chloé Thôme espère qu’une fois la crise passée, les associations de son secteur conserveront une plus grande considération.

L’ASBL l’Ilot compte autour de 50 employés et 50 bénévoles au sein de notre ASBL. Leurs services sont répartis dans trois maisons en Wallonie et à Bruxelles. Ils hébergent notamment des personnes en difficulté économique ou sociale. "Chaque maison accueille environ 25 personnes. Ce sont des groupes confinés ensemble, nous n’avons donc pas vraiment de problème vis-à-vis de la pandémie pour ces personnes-là", indique Chloé Thôme, porte-parole de l’ASBL.

C’est leur centre d’accueil qui pâtit essentiellement du confinement. Celui-ci compte un restaurant social, un service de lessive, de consigne à bagages et de douche ouvert 7 jours sur 7. "Ce service nous permet d’avoir une première approche avec le public précarisé", continue Chloé Thôme. "Ainsi, tout le monde ne demande pas à être hébergé : beaucoup vivent dans la rue, mais fréquentent les centres pour de petits services comme se doucher. Cela prend parfois des mois pour nouer avec eux une relation de confiance, mais c’est grâce à cela que certains ont, au bout de plusieurs années, envie de réactiver leurs droits pour avoir un logement, renouer avec leur famille et le monde de l’emploi."

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Distance sociale dure à maintenir

L’association a adapté son restaurant en une distribution de repas dehors : elle prépare ainsi le petit déjeuner tous les jours, et son public reçoit ses repas en file. Ils servent ainsi les repas avec des masques qu'ils ont obtenus en bataillant. "On a doublé le nombre de repas et de petits déjeuners pour en atteindre respectivement 80 et 30 environ", confie-t-elle. "On a reçu de la ville des barrières en plastique et l’on a scotché des croix au sol pour respecter une distance de 1m50 de sécurité. Dans la file, on voit de nouveaux visages de personnes qui avaient sans doute un boulot et un hébergement avant la crise et qui ne savent plus se nourrir. La Belgique compte énormément de travail au noir, et du jour au lendemain ces gens se sont retrouvent sans revenus."

Faire respecter les distances de sécurité s’avère toutefois compliqué. "Il suffit d’avoir un ou deux individus qui ne sont pas dans leur état normal, qui arrive violent ou désespéré dans la file. Il faut leur parler à distance, ce qui nécessite beaucoup de patience, de résilience et d’engagement."

Manque de valorisation

Selon Chloé Thôme, quand la population applaudit chaque soir à 20h, elle ne pense pas forcément aux éducateurs. "Ce sont pourtant eux comme d'autres travailleurs sociaux qui font tourner la société, et non les traders et managers. On espère que la conscientisation pourra se perpétuer au-delà de la crise et pourra se traduire par une vraie politique citoyenne, certains votes et un autre mode de consommation. Offrir en urgence des repas avec des tickets, faire de grands dortoirs à chaque plan hiver, tout cela ne résout pas le problème à long terme et ne donne pas des conditions de vie dignes."

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Une fois la fin de la crise sanitaire, elle ne veut pas que le gouvernement oublie que la crise doive être gérée. "Il y a des gens qui crèvent dans la rue, et ça ne devrait pas être le boulot des ASBL, mais plutôt de l’État. C’est une question de priorité politique. Certaines personnes pensent que ceux qui n’ont rien sont des fainéants, et que c’est de leur faute, mais voilà : on est tous un peu responsables que les riches s’enrichissent et que les pauvres s’appauvrissent. Les élans de solidarité sont innombrables. Il y a énormément de personnes qui sont touchées, qui ne connaissaient pas l’association, mais qui nous aident. Mais je ne veux pas que ce soit vain ou que ça disparaisse après la crise."

Pas suffisamment d’aides

À ses yeux, tout le monde attend plus d’aides de la part du gouvernement, car ça ne sera "jamais assez. On sait qu’ils ont pris un peu de temps pour certaines mesures, et que les dispositifs ont tardé parce que c’était l’apocalypse. C’est sûr qu’on demande toujours plus, car plus ne sera jamais assez. On espère que l’on ne va pas le payer trop cher."