VIE ASSOCIATIVE 19 mars 2020

Covid-19 : les initiatives des associations italiennes

Il y a quelques années, l’ancienne rédactrice en chef de MonASBL.be faisait ses cartons pour s’installer à Milan, en Italie. Aujourd’hui, alors que le pays est devenu le premier foyer de la pandémie du coronavirus, elle témoigne sur son quotidien. Elle raconte aussi comment les associations s’organisent et le flou autour de l’action volontaire pourtant plus que jamais nécessaire. Récit.

En Lombardie – région du Nord de l’Italie, la plus touchée par le coronavirus – les premières mesures pour lutter contre la propagation ont été mises en place dès le 23 février. Il y a d’abord eu la fermeture des écoles. Toutes les activités sportives et culturelles suspendues. Puis le télétravail voire les congés imposés. Et finalement, le 10 mars, l’allocution du président du conseil Giuseppe Conte avec un seul mot d’ordre : « Io resto a casa » (Je reste à la maison). L’Italie est le premier pays européen à être mis quarantaine.

Des rues désertes et silencieuses

Ici à Milan, cela fait donc trois semaines que nous vivons avec le coronavirus. Aujourd’hui, les déplacements sont très limités. En cas de contrôle, nous devons présenter un document attestant sur l’honneur le motif de notre déplacement. Nous pouvons évidemment continuer à faire nos courses, mais dans les supermarchés les entrées et sorties des clients sont régulées par un agent de sécurité. On peut aussi aller se dégourdir les jambes dans la rue, promener le chien ou même faire un footing, mais toujours seul. Les regroupements ne sont pas autorisés. Les rues sont quasiment désertes. Et surtout silencieuses. Si on rencontre un promeneur, sur le trottoir on essaie de ne pas se croiser de trop près. Dans les supermarchés on évite les rayons déjà occupés. On a compris, on est prudents.

En Italie, le secteur associatif s’organise

Mais derrière ce tableau d’une ville – pour ne pas dire un pays – au ralenti, une autre réalité s’est dessinée. La crise du coronavirus a réveillé un sentiment de solidarité et une explosion de créativité. Nous avons tous en tête ces vidéos devenues virales d’Italiens chantant depuis leurs balcons.

Av. Corso Buenos Aires, avenue commerçante à Milan

Du côté des associations, on s’organise. Dans le secteur de la formation ou du soutien scolaire des associations se tournent vers des plateformes en ligne (Big Blue Button, Zoom, Skype…). Certaines d’entre elles proposant des services gratuits.

Les féministes de Non Una Di Meno ont quant à elles lancé une toute nouvelle initiative : « Fuori Classe » (En dehors des cours). Puisque les étudiants sont en congés forcés, chaque jour, elles proposent une leçon de 30 minutes sur une thématique autour du féminisme diffusée en direct sur Instagram. Pour les associations d’aide aux personnes sans-abris ou aux migrants, les activités continuent, mais en respectant des règles très strictes. L’association Naga, qui fournit une assistance sanitaire, sociale et légale aux citoyens étrangers, maintient ses services sur rendez-vous et uniquement pour les urgences. Idem pour la Maison d’accueil des femmes maltraitées de Milan qui continue de recevoir sur rendez-vous.

De son côté, l’association Progetto Arca, qui vient en aide aux sans-abris et plus démunis, a suspendu les activités non indispensables (enseignement de l’italien, activités avec les enfants…) mais poursuit la distribution de repas dans la rue et dans les centres. Des masques, des gants et du gel sont distribués au personnel, aux bénéficiaires et aux volontaires.

Le flou sur les volontaires…

Pour ce qui est des activités volontaires justement, le flou persiste en Italie. Dans la foulée de l’allocution du président du conseil, le comité « Padova capitale européenne du volontariat » (Padova capitale europea del volontariato) a demandé des clarifications : "Les volontaires rentrent-ils parmi les personnes qui peuvent se déplacer pour des raisons de nécessité ? Une déclaration du président de l’association est-elle nécessaire ?" En Italie, on compte "350.000 organisations non-profit, pour un total de 5,5 millions de volontaires", précise Emanuele Alecci, président du comité, interrogé par Il Fatto Quotidiano.

Av. Corso Buenos Aires, avenue commerçante à Milan

Selon lui, il faut donner un cadre précis autour des activités volontaires qui sont plus que jamais indispensables. Et de conclure : "Nous recevons des centaines d’appels de personnes qui veulent aider. Mais ces activités doivent être organisées et structurées, surtout dans une situation comme celle-là."  

Un lourd bilan pour le non marchand italien

Le secteur du non-profit italien emploie 844.775 travailleurs, dont 70% sont des femmes. Un décret récemment annoncé par le gouvernement a étendu des aides sociales au secteur non-marchand permettant d’assurer le maintien des salaires.

Malgré ces mesures, les associations, les fondations et les coopératives sociales continuent d’essuyer des pertes importantes depuis le début de la quarantaine.  Pour ne donner qu’un exemple, en Lombardie, on estime à près de 5 millions d’euros de pertes par jour pour les coopératives sociales. Un bilan qui risque de peser très lourd pour tout le secteur.

En Belgique, les mesures de confinement ont été renforcées ce mercredi, tout en restant plus souples qu'en Italie. Et à leur tour les ASBL vont devoir résister, s'organiser et se réinventer.