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VIE ASSOCIATIVE 18 novembre 2020

Les ASBL face au Covid : "Mettre les chiens sur pause ? Impossible"

Manque de financement, public restreint, communication et convivialité mises à mal... Le coronavirus ne facilite pas la vie des ASBL. Entre les mesures et les protocoles, les associations s’adaptent non sans parfois une dose d’originalité pour poursuivre leurs activités. Nouvelle ASBL à être interviewée dans le cadre de notre série “Les ASBL face au Covid” : Os’mose, association de chiens d’assistance pour les personnes fragilisées.  

Notre série "Les ASBL face au Covid" :

Depuis 10 ans, Os’mose forme des chiens d’assistance pour aider les personnes fragilisées, par un accident ou par une maladie, dans leur autonomie. En étant l’une des neuf associations belges actives dans ce domaine, Os'mose a toujours eu l’habitude de se débrouiller et n’est presque pas subsidiée. Malgré la crise sanitaire, Vanessa Wey, directrice de l’ASBL, continue de jongler entre la recherche de bénévoles, l’organisation d’évènements et chasse aux fonds privés pour continuer d’avancer.  

“Des petites lacunes peuvent avoir de grandes conséquences” 

MonASBL : Comment la crise impacte-t-elle Os’mose ? 

Vanessa Wey : La crise nous impacte d’abord sur le terrain. Le premier confinement a été très dur pour nous. Les chiens ont pris beaucoup de retard dans leur formation. On ne peut pas arrêter comme ça, on ne peut pas mettre des chiens sur pause. Le premier confinement était assez strict, on ne pouvait donc plus voir nos chiens en formation. Ils ont pris beaucoup de retard. Des petites lacunes peuvent avoir de grandes conséquences sur ces chiens qui ont des destinées particulières : ce ne sont pas des chiens de famille mais des chiens de travail. À l’heure actuelle, je ne sais pas encore si on pourra récupérer les chiens que l’on n'a pas pu suivre... 

MonASBL : Un suivi à distance ne remplace pas un travail de terrain... 

Vanessa Wey : Effectivement, ce n’est pas la même chose. Chez Os’mose, les familles d’accueil forment un chien de A à Z. Notre équipe les accompagne en leur rendant visite deux à trois fois par semaine. Ce n’est qu’en les voyant en direct qu’on peut expliquer et modifier les comportements. Dans cette situation, le principal problème était que les chiens restaient à la maison. Ils ne voyaient plus de nouvelles choses. D’habitude, on travaille beaucoup dans les magasins, dans la foule... On s’est donc adapté à distance, en donnant des objectifs. Au lieu de travailler dehors, on donnait des exercices à la maison en prévision de quand ils pourraient sortir. Mais malgré tout, les chiens ont pris un grand retard. Il faut beaucoup de temps pour le récupérer... 

MonASBL : Que se passera-t-il si les chiens ne rattrapent pas leur retard ? 

Vanessa Wey : Ils seront réformés. Ils ne pourront pas travailler avec quelqu’un. Ils resteront peut-être avec la famille d’accueil. Le problème est qu’on aura investi du temps et de l’argent. Mais c’est surtout dommage s’ils ne peuvent pas arriver au bout de leur formation pour un manque ponctuel... 

MonASBL : Ça n’a pas dû être facile pour les futurs bénéficiaires des chiens également...  

Vanessa Wey : Pour certains, la procédure a été accélérée. On avait prévu de placer quelques chiens pendant le mois d’avril. Quand on a vu qu’il y allait avoir un confinement, on a placé directement certains chiens chez ces personnes. Cependant, on n’a pas pu travailler avec eux. Pour d’autres bénéficiaires, les chiens n’étaient pas assez formés. On doit donc attendre. Et avec le retard, on doit attendre encore plus. Mais les bénéficiaires savent que leur chien arrivera. Simplement, ce sera plus tard que ce qui était initialement prévu... 

MonASBL : Cette fois, avec ce deuxième confinement, pouvez-vous encore voir les chiens ?  

Vanessa Wey : Oui, cette fois-ci on ne s’est pas arrêté. On continue de voir du monde mais en faisant très attention étant donné qu’on travaille avec des populations fragilisées. On reste loin, on porte le masque et on a du gel.  

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Boutique en ligne, crowdfunding : adapter le “plan catastrophe” 

MonASBL : La crise impacte aussi de nombreuses ASBL financièrement... 

Vanessa Wey : Normalement, chez Os’mose, on a toujours un “plan catastrophe” de prévu en cas de non rentrées financières extérieures. L’ASBL est beaucoup aidée par les Rotary ou d’autres clubs. Si un jour on ne reçoit plus de soutien de leur part, on avait prévu de faire plus d’évènements, plus de recherches de fonds, plus de ventes d’objets ou de nourriture. Mais on ne s’attendait pas à ce genre de choses. Personne ne s’y attendait. On a dû tout annuler, c’était un coup dur pour tout le monde. On a également perdu une partie de nos donateurs, puisque beaucoup ont souhaité se tourner vers le milieu médical. Cependant même si les sources de financement diminuent, les chiens, eux, continuent de manger, d’aller chez le vétérinaire et de se promener. C’est donc beaucoup de sorties pour peu de rentrées.  

MonASBL : Avez-vous essayé de faire des bénéfices autrement ? 

Vanessa Wey : Chaque mois de mai, on organise normalement l’opération Cuberdon. D’habitude, on les vend à la sortie des magasins ou dans des galeries commerciales accompagné de nos chiens. On dépose aussi nos boîtes dans de nombreux magasins partenaires. Seulement avec le confinement, tout était fermé. On a donc dû s’adapter et faire de la vente en ligne. Nos bénévoles ont ensuite joué au facteur : ils ont sillonné les routes pendant ce mois de vente. En tout, et dans l’ensemble de la Belgique, on a livré 12.500 boîtes en trois semaines !  C’est ce qui a sauvé notre année.  

MonASBL : Avez-vous bénéficié des aides d’urgence ?  

Vanessa Wey : On ne rentre pas dans les catégories d’aides d’urgence de la Belgique. On est agréé, mais les cases proposées ne nous concernent pas. Notre domaine “chiens d’assistance” est trop spécifique : seulement neuf associations sont reconnues. On est donc trop petit pour rentrer dans les cases d’urgence. 

MonASBL : Avez-vous pensé au crowdfunding ? 

Vanessa Wey : On est en train de construire un centre pour la formation des chiens. On a donc déjà fait une grosse campagne de récolte de fonds entre l’année passée et cette année. Os’Mose a récolté 300 000 euros. Au mois de juin, on a tenté de réaliser une campagne pour financer un chien, mais c’est tombé à l’eau. Ce n’était pas le bon moment pour la faire... On refera une campagne de crowdfunding, mais seulement l’année prochaine.  

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“Une année catastrophique au niveau relationnel” 

MonASBL : Os’mose s’appuie sur énormément de volontaires pour fonctionner...  

Vanessa Wey : Oui, on ne travaille qu’avec des bénévoles. Il n’y a que deux salariés à temps plein. Au quotidien, on s’appuie sur les familles d’accueil et sur les moniteurs qui forment les chiens d’assistance. Cela représente 30 à 40 personnes. Ensuite, on travaille avec des bénévoles ponctuels qui participent à nos évènements. Selon la taille de l'évènement, ces derniers représentent 30 à 100 personnes. 

MonASBL : Ça ne doit donc pas être simple pour maintenir la cohésion d’équipe... 

Vanessa Wey : Cette année a été catastrophique au niveau relationnel. C’est l’année qui aurait dû être la plus solidaire, mais finalement c’est l’année qui a été la plus problématique. En avril, je pense que les bénévoles avaient peur, qu’ils réagissaient beaucoup sur l’émotion. On a donc eu beaucoup de peine à retrouver à un esprit d’équipe. Maintenant ça va mieux, mais il y a eu beaucoup de flottement. Au-delà de la peur, on ne se voyait pas et la situation restait très incertaine.  Il a donc fallu que tout le monde prenne ses marques personnellement pour pouvoir ensuite retrouver une cohésion au sein de l’ASBL.  

MonASBL : Avez-vous réussi à recruter de nouveaux volontaires malgré tout ?  

Vanessa Wey : Normalement, le recrutement se fait aussi assez naturellement : les familles d’accueil nous connaissent, d’autres viennent du club canin. Certaines personnes participent à un évènement et souhaitent ensuite nous aider davantage. Mais sans évènements organisés, tout est plus compliqué... Le fait de ne pas se voir ou de ne pas profiter ensemble influe beaucoup sur le moral et sur tout le reste.  

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“Tout va dépendre de début 2021” 

MonASBL : Même si les donateurs ont baissé, l’opération Cuberdon semble avoir bien marché. Le public revient-il vers vous maintenant ? 

Vanessa Wey : Depuis octobre, il revient. C’est difficile de faire un bilan à l’heure actuelle, mais les dons recommencent gentiment. L’État fait aussi une grande différence. Os’mose peut accorder l’immunité fiscale. Habituellement, les donateurs peuvent donc déduire leur don de leurs impôts et récupérer 40% de celui-ci. Avec le coronavirus, le gouvernement a mis en place une exonération spécifique : ils récupèrent maintenant 60%. En recommuniquant là-dessus, on espère ainsi inciter les donateurs à nous soutenir.  

MonASBL : Avez-vous peur pour la survie de votre ASBL ?  

Vanessa Wey : Je n’ai pas peur pour cette année. On a suffisamment bien travaillé pour avoir les ressources nécessaires pour continuer. Seulement, il ne faut pas que ça continue trop longtemps sinon on ne pourra plus former de nouveaux chiens. À un moment donné, on n’aura plus aucun chien à offrir vu qu’on n’aura pas pu en acheter. L’impact risque de se faire dans deux ans : on ne pourra peut-être plus répondre aux demandes. Tout va donc dépendre de début 2021.