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RESSOURCES HUMAINES 22 septembre 2026

Arc-en-Ciel ASBL : « Il faut prendre le temps de connaître ses bénévoles »

Cette fois, c’est chez Arc-en-Ciel que MonASBL.be a poussé la porte. Pour le deuxième volet de notre série menée avec la Plateforme francophone du Volontariat à l’occasion de l’Année internationale des Volontaires, cap sur une ASBL qui peut compter sur quelque 21.000 bénévoles. Comment mobiliser autant de personnes, trouver la bonne place pour chacune et chacun et entretenir le lien dans la durée ? Coralie Herry, coordinatrice pédagogique, partage les pratiques et les enseignements d’Arc-en-Ciel.

Depuis plus de 70 ans, Arc-en-Ciel défend le droit aux loisirs des enfants et des jeunes, en particulier ceux suivis par l’Aide à la Jeunesse ou issus de milieux populaires. Récoltes de vivres, de jouets et de matériel scolaire, séjours de vacances, journées de loisirs, formations d’animateurs… Derrière ces actions, une petite équipe de neuf travailleurs, mais surtout des milliers de volontaires. Quelque 21.000 personnes participent aux différents projets de l’association, dont environ 250 sont particulièrement impliquées tout au long de l’année.

Un réseau impressionnant, qui ne s’anime pas tout seul. Comment accueillir les volontaires, trouver la mission qui correspond à leurs attentes, leur laisser suffisamment de liberté tout en posant un cadre clair ? Et comment éviter, dans un contexte de moyens serrés, que le bénévolat ne serve à pallier le manque de personnel ? Arc-en-Ciel travaille depuis plusieurs années à construire un véritable « parcours du volontaire ». Coralie Herry, coordinatrice pédagogique, nous explique ce qui fonctionne, les erreurs commises et les défis qui restent à relever.

Lire aussi : Ligue des familles : « Un bénévole, ce n’est pas de la main-d’œuvre gratuite ! »

"On garde le lien grâce à des réunions de préparation, en mettant vraiment le volontaire au centre"

MonASBL.be : L’ASBL Arc-en-Ciel a la chance de pouvoir compter sur plus ou moins 21.000 personnes dans le cadre de ses différents projets. En quoi ces bénévoles sont indispensables à votre ASBL ?

Coralie Herry, Coordinatrice pédagogique : La fameuse Opération Arc-en-Ciel, notre récolte de vivres non périssables, a lieu sur l’ensemble de la Fédération Wallonie-Bruxelles en un seul week-end. Imaginez : nous récoltons en moyenne 112 tonnes de nourriture. Sans les milliers de volontaires qui parcourent les rues pour faire du porte-à-porte, trier tous ces vivres et s’assurer de la qualité de ce que nous donnons à nos associations, ce serait tout simplement impossible.

Comme beaucoup d’associations, nous sommes finalement une petite équipe : neuf personnes, chacune en charge de projets bien différents. Et nous travaillons, respectivement, avec entre 3 et 15 volontaires tout au long de l’année.

MonASBL.be : Avec une équipe de neuf salariés qui travaille au quotidien avec autant de volontaires, la coordination est forcément un enjeu. Comment faites-vous pour garder le lien et travailler ensemble ?

Coralie Herry : On garde le lien grâce à des réunions de préparation, en mettant vraiment le volontaire au centre : l’idée est de lui laisser la liberté de choix et d’action, mais aussi de déterminer ensemble, dans une logique de gouvernance participative, où l’on veut aller, comment on veut y arriver et quels sont les objectifs de chaque projet.

À la fin de chaque projet, nous prenons également le temps de l’évaluer avec notre équipe de volontaires. Enfin, nous essayons d’organiser chaque année un événement pour les remercier, mais aussi pour recueillir leurs idées : qu’est-ce qu’on aimerait faire l’année suivante ? Qu’est-ce qui fonctionne et que faut-il améliorer ?

"L’idée est de pouvoir accueillir chaque nouveau volontaire avec un code de conduite"

MonASBL.be : Et si vous ne deviez retenir qu’une initiative mise en place pour mieux accompagner ou fidéliser vos bénévoles, laquelle choisiriez-vous ?

Coralie Herry : Cela fait déjà quelques années qu’on réfléchit et qu’on essaye de mettre en place un véritable parcours du volontaire, qui parte de ses motivations et passe notamment par une rencontre, pour s’assurer qu’Arc-en-Ciel puisse répondre à ses attentes. On prévoit aussi différents moments d’échange sur son ressenti par rapport au volontariat, sur les projets dans lesquels il a envie de s’impliquer ou non.

Dernièrement, nous avons également décidé de faire du volontariat et de l’engagement des jeunes et des moins jeunes l’un de nos axes stratégiques. Dans cette logique, l’idée est aussi de pouvoir accueillir chaque nouveau volontaire avec un code de conduite, afin que les choses soient claires dès le départ : qu’est-ce qu’on attend de moi ? À quoi est-ce que je m’engage ? Quel est mon rôle et, tout aussi important, qu’est-ce qui ne l’est pas ?

MonASBL.be : Avec le recul, quelle erreur dans la gestion de vos bénévoles ne referiez-vous plus ?

Coralie Herry : Je pense que l’erreur que nous faisions auparavant, et qui nous a justement amenés à toute cette réflexion sur le parcours du volontaire au sein d’Arc-en-Ciel, c’est que nous ne prenions pas suffisamment le temps d’apprendre à connaître les volontaires. Parfois, le « matching » ne se faisait pas et le volontaire ou l’équipe ressortait déçu de la collaboration, parce que les attentes n’étaient pas rencontrées de part et d’autre.

Prendre le temps de rencontrer chaque volontaire, de s’assurer qu’il est bien là où il souhaite être et qu’il peut effectivement prendre en charge telle ou telle mission au sein d’Arc-en-Ciel, c’est vraiment très important.

Pour aller plus loin : « Le bénévolat doit rester un moteur d'inclusion, de créativité et de lutte… pas de la main d'œuvre gratuite ! »

"Notre défi ? Inciter les volontaires à proposer eux-mêmes des projets et à s’y impliquer de A à Z"

MonASBL.be : Où placez-vous la frontière entre bénévolat et salariat ? Alors que de nombreuses ASBL voient leurs subsides diminuer et certains appels à projets disparaître, la tentation peut être grande de pallier le manque de personnel par des bénévoles. Quels garde-fous vous fixez-vous ?

Coralie Herry : Je dirais que la frontière, la grande limite, c’est la liberté de choix du volontaire. Moi, en tant qu’employée, si on me dit : « Il y a une activité samedi, il n’y a personne, tu y vas », c’est tout à fait normal, cela fait partie de mon contrat de travail. Pour un volontaire, c’est différent. Il faut vraiment lui laisser le choix de s’investir et de s’impliquer en fonction de ses disponibilités.

Ce qui, soyons clairs, ne nous facilite pas toujours la vie en tant qu’association ! Il faut trouver un équilibre : laisser le plus de place possible aux volontaires pour leur permettre de se responsabiliser et de prendre des projets en main, tout en étant capables d’avancer lorsque ceux-ci sont moins disponibles.

MonASBL.be : Trouver cet équilibre entre autonomie des volontaires et besoins de l’association, c’est aujourd’hui votre principal défi ?

Coralie Herry : Oui, ainsi que parvenir à inciter les volontaires à proposer eux-mêmes des projets et à s’y impliquer de A à Z, dès leur conception, pour que ces projets soient vraiment à leur image. L’idée, c’est que le permanent soit davantage là pour les accompagner plutôt que pour prendre l’initiative ou être le leader du projet. Ça, c’est un grand, grand défi pour nous.

MonASBL.be : Quelle est l’idée reçue sur le bénévolat qui vous agace le plus ?

Coralie Herry : Quand j’entends cette phrase : « Pourquoi faire du volontariat alors que tu pourrais avoir un super salaire avec un job étudiant ? »… Cette idée qu’en étant volontaire, tu donnes de ton temps mais que ça ne te rapporte rien, ça m’énerve très, très fortement. J’ai le sentiment que les jeunes, en particulier, ont de moins en moins la possibilité de s’engager comme volontaires parce que leurs besoins économiques sont encore plus importants qu’avant.

"Une ASBL sans bénévoles ? On se prive de richesses, de compétences et d’un véritable enrichissement mutuel"

MonASBL.be : Allez, on vous donne une baguette magique : vous pouvez changer une chose dans l’organisation du bénévolat en Belgique…

Coralie Herry : Je choisirais de faciliter l’accès au volontariat. Et donc, de faire disparaître ce fameux C45B (NDLR : le formulaire officiel de l'ONEM qui permet à un demandeur d'emploi de déclarer une activité de volontariat auprès d'une ASBL tout en conservant ses allocations de chômage)

Et puis, nous donnons des formations à des jeunes pour devenir animateurs de centres de vacances et nous accueillons des enfants de 6 à 15 ans pendant chaque période de vacances scolaires. À l’heure actuelle, les différences de rythmes scolaires peuvent être un frein pour nous : beaucoup d’animateurs ou de jeunes qui participent à nos formations ne sont tout simplement pas en congé au même moment.

Comme il n’existe pas de congé pour le volontariat, on pourrait imaginer, un peu à l’instar du service citoyen, de permettre aux jeunes de s’investir dans une association de leur choix, avec un système de valorisation des compétences acquises. Parce qu’on sait très bien que le volontariat permet de développer énormément de compétences. J’en suis moi-même un peu l’exemple : je pense que si je n’avais pas été volontaire depuis mes 16 ans, je ne serais pas ici aujourd’hui.

MonASBL.be : Pour vous, une ASBL sans bénévoles, c'est quoi ?

Coralie Herry : Une ASBL, c’est avant tout une mission. Donc oui, il existe des ASBL sans volontaires, mais je pense qu’on se prive alors de richesses, de compétences et d’un véritable enrichissement mutuel.

Propos recueillis par Emilie Vleminckx, rédactrice en chef