L’autogestion, de quoi parle-t-on ?

À l’origine de ce mode de fonctionnement, on retrouve les maisons médicales. Mais aujourd’hui, le recours à l’autogestion a dépassé les frontières du médico-social.

L’autogestion n’est pas un fonctionnement récent et encore moins un concept abstrait. En Belgique, ce sont les maisons médicales qui ont été les premières à s’organiser sur ce modèle dans les années 1970. En quelques mots, l’autogestion c’est la gestion d’une collectivité par elle-même. C’est la suppression d’une structure oppressante et autoritaire.

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Un modèle possible partout

Aujourd’hui, il n’existe pas de données permettant de savoir combien d’associations optent pour ce mode de gestion. Toutefois, il n’est pas rare de voir des ASBL revendiquer sur leur site internet ou dans la presse un système autogéré. Et ce, dans tous les secteurs. Pour ne citer que quelques exemples, cela va de l’ASBL Barricade, un lieu d’émancipation collective et de création d’alternatives, à l’ASBL Collectiv-a, qui accompagne les organisations dans leurs pratiques collectives, en passant par le Pain Levé, une boulangerie artisanale, autogérée et militante à Bruxelles.

« Avant je travaillais dans l’audiovisuel et j’avais déjà vu ce modèle dans des scops (Société Coopérative et Participative, ndlr) en France. Ce sont des entreprises qui fonctionnent bien et, d’ailleurs, il n’y a pas de raison que ça ne fonctionne pas », raconte Gilles Labarde, fondateur de La Cyclerie, une ASBL liégeoise autogérée. Pour Gilles et ses deux collaborateurs, l’autogestion a été une évidence au moment du lancement de l’activité. « Ça a été naturel dans le sens qu’aucun de nous n’est arrivé avec plus de ressources ou de clients. Donc personne n’a l’ascendance sur les autres ».

Selon lui, ce modèle pourrait être appliqué aussi bien dans les petites que dans les grandes structures. « Il faut juste avoir l’état d’esprit. Il faut que ce soit une volonté pour ne pas subir, pour certains l’autorité ça peut être confortable, et il faut aimer avoir des responsabilités ».

Les grands principes de l’autogestion

Car fonctionner en autogestion ce n’est pas simplement déclarer ne pas vouloir de chef, précise l’ASBL Barricade dans une analyse réalisée en 2017. En effet, l’autogestion c’est le fait de prendre des décisions pour un groupe ou une structure par l’ensemble de ses membres.

L’autogestion se base donc sur plusieurs postulats, détaille l’ASBL Barricade :

  • l’absence de distinction entre dirigeant(e) ou dirigé(e) ;
  • la gestion est transparente et les décisions sont légitimes
  • personne ne s’approprie les richesses qui ont été produites par la collectivité ;
  • les membres de l’organisation autogérée doivent avoir les capacités à s’organiser sans responsable.

Ce dernier point est d’autant plus important que pour pouvoir fonctionner en autogestion, les membres doivent être également prêts à abandonner l’idée de penser et de décider pour les autres.

Les règles et le pouvoir ne disparaissent pas

Travailler en autogestion cela ne veut pas dire ne pas avoir de règles, mais les décider collectivement. Et surtout accepter que celles-ci puissent évoluer.

De la même manière, une organisation en autogestion peut très bien désigner une ou un chef, mais seulement si cette personne peut être révoquée à tout moment. Des rapports de pouvoir existent même dans une organisation autogérée. Toutefois, ils doivent pouvoir se faire, se défaire, être analysés, repensés... de manière qu’ils aient de moins en moins d’importance dans la structure.

Au sein de La Cyclerie, on a décidé de fonctionner à rotation. « Nous sommes trois et chaque semaine l’un de nous prend la responsabilité des mails, de la comptabilité, etc. et on fait des réunions quand c’est nécessaire », explique Gilles Labarde.

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Des espaces d’autogestion

Si certains ont été conquis par l’autogestion, c’est que ce modèle rompt avec un modèle de structure hiérarchique rigide et participe à un objectif collectif de mieux-être global, tant des travailleurs que de la société. « Je pense que c’est souhaitable pour beaucoup de raisons. Déjà c’est important pour responsabiliser les gens mais aussi si on veut prétendre à un système plus démocratique. C’est presque une obligation dans le contexte actuel si on ne veut pas que la crise retombe sur les plus petits », continue Gilles Labarde.

Mais pour pouvoir exercer cette démocratie, il faut bien entendu prévoir des espaces qui la favorise. « Se dire que c’est à une pause-café qu’on prendra la vraie bonne décision sur la stratégie à long-terme du collectif, ou que c’est en préparant à manger que les rancœurs personnelles doivent s’exprimer, laisse pensif sur la manière dont l’autogestion est vécue dans un tel collectif », précise l’analyse de l’ASBL Barricade.

Et de continuer : « Il faut pouvoir rendre compte de ces moments, et, si possible, dédier des moments, des lieux, des espaces, formels ou non, virtuels ou non, à chacun de ces besoins » d’échange. L’ASBL a identifié différents espaces pouvant être nécessaires à une bonne autogestion :  des espaces d’accueil, d’information, d’organisation (la répartition des tâches), de gestion (l’analyse, l’évaluation des faits passés), de conflits, de stratégie (posant la question des valeurs, des objectifs de l’organisation), de crises et enfin de décisions.