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Financement d’une ASBL par une fondation : quelles obligations ?

Votre projet a été sélectionné, la convention est signée et le financement est confirmé. Après plusieurs semaines ou plusieurs mois consacrés à rechercher des fonds, vous pourriez considérer que le plus difficile est derrière vous. Pourtant, l’octroi du financement ne clôt pas la relation avec une fondation : il en ouvre une nouvelle phase. Utilisation des moyens, respect des engagements, suivi des résultats, communication, transparence en cas de difficulté… Que va réellement attendre la fondation pendant et après le projet ?

1. Le financement marque le début d’une relation

Lorsqu’une fondation accorde un financement, elle ne soutient pas uniquement une idée. Elle confie des moyens à une organisation qui s’est engagée à réaliser certaines activités, auprès d’un certain public, dans un certain délai et avec un budget déterminé. Le passage du statut de candidat à celui de bénéficiaire modifie profondément la relation.

Pendant la candidature, l’ASBL cherche principalement à démontrer que son projet est pertinent, crédible et réalisable. Une fois le financement obtenu, le nombre de bénéficiaires peut être différent des prévisions. Un partenaire peut se désengager. Une activité peut fonctionner moins bien qu’espéré. Des coûts peuvent augmenter ou à l’inverse, certaines dépenses prévues peuvent devenir inutiles. Les financeurs connaissent cette réalité. Ce qu’ils attendent généralement davantage, c’est que ces changements soient identifiés, expliqués et, lorsqu’ils sont importants, discutés.

La différence entre une ASBL rassurante et une autre qui inquiète ne réside donc pas dans l’absence de problème, mais dans la manière dont elle gère les problèmes et imprévus pour tout de même créer de l’impact social.

2. La convention de financement comme bible

Avant de penser au rapport final, à la communication ou à l’évaluation, commencez par relire attentivement la convention conclue avec la fondation. C’est elle qui précise les obligations liées au financement. On peut y trouver le montant accordé, les dépenses autorisées, la durée du projet, les modalités de versement, les obligations de reporting, les pièces justificatives à conserver, les conditions de communication ou encore parfois, la procédure à suivre lorsqu’une modification importante intervient.

Les exigences peuvent varier considérablement d’un financeur à l’autre. Par exemple, dans certains cas, la totalité du soutien est versée au début du projet et un rapport moral est demandé à la fin. Dans d’autres, les paiements sont échelonnés et conditionnés à l’acceptation de rapports intermédiaires.

Les attentes en matière de suivi varient aussi fortement d’une fondation à l’autre. L’étude Les Fondations en Belgique, publiée par le Centre d’Économie Sociale de HEC Liège, montrait déjà cette diversité en 2017 : 57 % des fondations interrogées demandaient une justification financière de l’utilisation des fonds, 51 % une description des réalisations concrètes du projet, 27 % une description de ses effets sur le public cible et 17 % une évaluation de l’impact à l’aide d’indicateurs. À l’inverse, 18 % ne demandaient aucune justification.

Quoiqu’il en soit, le principe est toujours le même : les obligations concrètes doivent être vérifiées dans les documents qui encadrent le financement. Une bonne pratique consiste donc dès la signature, à identifier très concrètement les engagements pris. Cette précaution évite de découvrir, trois jours avant l’échéance, qu’un rapport financier détaillé, plusieurs indicateurs ou des justificatifs spécifiques, sont attendus.

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3. Votre dossier de candidature vous engage

Restez réaliste dans la rédaction de votre candidature. Cent bénéficiaires semblent plus convaincants que soixante. Douze ateliers paraissent plus impressionnants que six. Un changement « durable » est plus séduisant qu’une amélioration plus modeste. Mais lorsque le projet est sélectionné, votre candidature n’est plus un seulement un argumentaire, elle devient la racine de vos indicateurs de réussite.

Au moment de prendre connaissance de votre rapport moral de justification, le financeur pourra revenir au dossier et comparer ce qui avait été annoncé avec ce qui a réellement été réalisé. C’est pourquoi il est important, dès la candidature, de ne jamais promettre ce que l’organisation ne pense pas raisonnablement pouvoir atteindre.

Toutefois, si vous aviez annoncé huit ateliers et en avez finalement organisé sept, cela ne constitue pas automatiquement un problème majeur. La vraie question sera plutôt « pourquoi ? » Le huitième atelier a-t-il été annulé faute de participant.es ? L’équipe a-t-elle décidé de consacrer davantage de temps aux sept autres ou à une autre phase du projet ? Le public avait-il besoin d’un accompagnement individuel plutôt que d’une activité supplémentaire ? Une différence entre ce qui était prévu et ce qui a été réalisé doit pouvoir être expliquée.

4. Les deux principes de base

Utiliser les moyens financiers comme convenu

Cela paraît évident, mais c’est l’un des fondements de la relation. Un financement accordé pour un projet déterminé ne constitue pas automatiquement une réserve financière utilisable librement par l’organisation. Si la fondation a accepté de financer un poste à mi-temps, des ateliers, du matériel ou certaines activités, elle peut légitimement attendre que les moyens soient principalement affectés à ces postes. Cependant, le budget peut très bien évoluer – un budget est construit plusieurs mois avant la mise en œuvre d’un projet, il est parfaitement possible que les coûts réels en diffèrent.  

Imaginons qu’une ASBL ait prévu 8.000 euros pour des prestations externes. Au cours du projet, elle constate que les coûts liés à l’accueil des bénéficiaires mériteraient d’être augmentés, mais aussi qu’une partie du travail peut finalement être prise en charge en interne, par un membre de l’équipe. Peut-elle transférer une partie du budget d’un poste à l’autre ? Peut-être. La réponse dépend de la convention ! Certains financeurs tolèrent des variations entre postes budgétaires, dans une certaine limite. D’autres demandent leur autorisation au préalable. Certaines modifications peuvent être considérées comme mineures, tandis qu’un changement important dans l’utilisation du financement nécessite un accord plus formel.

La bonne pratique consiste donc à ne pas attendre le rapport final pour annoncer une transformation – petite ou importante – du budget. Lorsque la modification change réellement ce que la fondation avait accepté de financer, contactez-la le plus rapidement possible. Le message peut être très simple : « Après six mois, nous constatons que les coûts liés aux prestations externes sont inférieurs aux prévisions, alors que les frais d’accompagnement des bénéficiaires sont plus importants. Nous souhaiterions réaffecter 4 000 euros à l’accueil de notre public, sans modifier le reste du budget ni les objectifs du projet. Cette adaptation est-elle possible dans le cadre de notre convention ? »

Vous ne présentez pas une faiblesse. Vous démontrez une capacité d’adaptation et de gestion.

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Ne pas attendre le rapport final pour entretenir le lien et prévenir

Une relation avec une fondation fonctionne difficilement si elle ne repose que sur deux moments : la signature de la convention puis douze mois plus tard, l’envoi d’un rapport. Toutes les fondations ne souhaitent évidemment pas recevoir une newsletter mensuelle consacrée à votre projet.

Il faut respecter le niveau de relation recherché par chacune. Cependant, lorsque le financement est significatif ou qu’une relation plus stratégique existe, quelques contacts en cours de projet peuvent être très utiles. Ils peuvent permettre de partager une première réussite, signaler une évolution importante, inviter la fondation à un événement ou simplement informer votre interlocuteur.rice de premiers résultats du projet.

D’ailleurs dans certaines fondations, la philanthropie évolue progressivement vers des relations davantage fondées sur le partenariat et l’apprentissage que sur un simple contrôle administratif. Un travail publié en 2026 par la Fondation de France sur ses pratiques d’accompagnement, distingue un modèle classique dans lequel la fondation intervient comme instructeur, financeur puis contrôleur, d’une approche partenariale reposant sur des échanges réguliers, un accompagnement dans la durée et une relation fondée sur la coopération.

Cette évolution n’est pas uniforme dans l’ensemble du secteur philanthropique. Mais elle rappelle quelque chose d’important : le suivi n’est pas seulement une obligation imposée à l’ASBL. Il peut aussi devenir un espace de dialogue avec le financeur.

Par ailleurs, pour entretenir une relation de confiance, vous devez impérativement contacter la fondation si votre projet ne se déroule pas comme prévu. Lorsqu’une ASBL rencontre une difficulté importante, elle peut avoir le réflexe d’attendre, espérant résoudre le problème avant la fin du projet. Cette réaction est compréhensible : personne n’aime annoncer à un financeur que le recrutement prévu a pris trois mois de retard, que le nombre de participant.es est inférieur aux prévisions ou qu’un partenaire important s’est retiré.

Pourtant, plus l’information est importante, plus il est préférable de la partager suffisamment tôt. Imaginez deux situations. Dans la première, une ASBL explique dans son rapport final que le projet n’a commencé que cinq mois après la date annoncée en raison de difficultés de recrutement au poste de coordination. Dans la seconde, elle contacte la fondation au moment où le retard devient évident : « Nous avons lancé deux procédures de recrutement sans parvenir à trouver le profil recherché. Cet imprévu va décaler le démarrage du projet d’environ trois mois. Nous avons adapté le calendrier et souhaiterions discuter avec vous d’une prolongation équivalente de la période de financement. »

La difficulté est identique ; la perception de la gestion est très différente. Dans le second cas, l’organisation démontre qu’elle suit son projet, mesure les conséquences du problème et cherche des solutions.

5. La communication

Rendre visible vos partenaires

De nombreuses fondations demandent que leur soutien soit mentionné. Cela passe en général par plusieurs éléments de votre plan de communication lié au projet : le logo du financeur, une formule du type « avec le soutien de… », une mention sur un site internet, une plaque de métal fixée sur un bâtiment, un stand dans un évènement public, etc. Là encore, ces modalités devraient être précisées dans la convention ou les consignes du financeur. Il est préférable de les intégrer dès le départ dans les outils de communication, plutôt que de découvrir après six mois que toutes les affiches auraient dû comporter un logo ou être bilingues.

Mais la relation peut aller au-delà de cette obligation. Lorsque vous disposez de contenus particulièrement intéressants – un résultat, un événement, une histoire significative, une publication –, vous pouvez également les transmettre à votre interlocuteur. Une fondation peut souhaiter les valoriser dans son propre rapport d’activité, son site ou ses communications. Certaines fondations publient d’ailleurs directement les projets et organisations qu’elles soutiennent. Par exemple, la Fondation Roi Baudouin met à disposition une base de données publique, permettant de consulter de nombreux bénéficiaires et projets financés.

Cette visibilité peut être positive pour l’ASBL, mais elle doit toujours respecter les personnes concernées. Le fait qu’un projet soit financé ne donne évidemment pas carte blanche pour utiliser l’image ou le récit personnel de bénéficiaires sans précaution. Les règles relatives au consentement, à la dignité et à la protection des données restent pleinement applicables.

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Storytelling et respect des bénéficiaires

Généralement, les financeurs aiment comprendre concrètement ce que les projets produisent. Aussi, une histoire individuelle peut être beaucoup plus parlante qu’une page de chiffres. Mais celle-ci doit être utilisée avec prudence.

Une personne accompagnée par votre ASBL n’est pas un « cas » destiné à rendre votre rapport plus émouvant. Lorsque vous utilisez un témoignage, demandez-vous si la personne a réellement consenti à cet usage, si elle peut être identifiée, si certaines informations doivent être anonymisées et si la manière de raconter son histoire respecte sa dignité.

Évitez également le misérabilisme. Présenter uniquement les fragilités d’une personne pour démontrer la nécessité du financement peut renforcer des stéréotypes et instrumentaliser son parcours.

Un bon témoignage montre aussi les capacités, les choix, les évolutions et éventuellement les limites du projet. La question éthique ne disparaît donc pas une fois le financement obtenu. Au contraire, la relation avec une fondation peut accroître la pression à produire des histoires, des images et des résultats communicables. L’ASBL doit conserver ses propres limites.

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6. La justification

Conserver les preuves et justificatifs

Le bon moment pour organiser les justificatifs financiers et autres « traces » n’est pas la semaine précédant le rapport final. Dès le démarrage, votre comptabilité et votre gestion de projet doivent permettre d’identifier les dépenses liées au financement et d’ordonner les différentes preuves (communications, formulaires d’évaluation, etc.)

Selon les exigences du financeur, il peut être nécessaire de conserver des factures, preuves de paiement, contrats, fiches de paie, relevés d’heures ou autres documents. L’important est de savoir à l’avance ce qui sera demandé.

Une organisation qui doit reconstituer douze mois de dépenses quelques jours avant la clôture augmente considérablement le stress et le risque d’erreurs. Le même raisonnement vaut pour les données liées aux activités. Si le rapport doit indiquer le nombre de participant.es, leur profil ou la fréquence de leur participation, ces informations doivent être recueillies au fur et à mesure. On ne peut pas reconstruire correctement après coup des données qui n’ont jamais été collectées. C’est pourquoi le reporting et l’évaluation doivent être pensés et organisés au démarrage et évalués aussi en cours de projet (d’ailleurs, certains financeurs demande un rapport d’évaluation à mi-parcours).

Le reporting financier et le reporting moral

Lorsqu’on parle de suivi d’un financement, le premier réflexe est souvent financier. Combien avons-nous dépensé ? Sur quels postes ? Reste-t-il un solde ? Ces questions sont évidemment essentielles. Mais le reporting comporte deux dimensions complémentaires : une financière et une narrative. Le rapport financier explique comment les ressources ont été utilisées. Le rapport narratif – aussi appelé rapport moral –, explique ce qu’elles ont permis de réaliser et, autant que possible, ce qui a changé grâce au projet.

Si une fondation vous a accordé 30.000 euros pour accompagner des jeunes en situation de décrochage scolaire, elle ne souhaite probablement pas uniquement savoir comment 29.642 euros ont été correctement dépensés. Elle souhaite aussi comprendre ce que le projet a produit. Combien de jeunes ont été accompagnés ? Combien ont terminé le parcours ? Quels résultats avez-vous observés ? Qu’est-ce qui a mieux fonctionné que prévu ? Qu’avez-vous dû adapter ?

Distinguer activité, résultat et impact

Une difficulté fréquente dans les rapports consiste à présenter essentiellement les activités réalisées. « Nous avons organisé douze ateliers. » « 86 personnes ont participé. » « Trois événements ont été organisés. »

Ces informations sont utiles. Mais elles ne disent pas encore si le projet a produit les effets attendus. Douze ateliers constituent une réalisation. Quatre-vingt-six participants constituent un résultat de participation. Mais la fondation cherchera souvent à comprendre ce qui a changé pour ces personnes et dans quelle mesure. Ont-elles acquis une compétence ? Accédé à un droit ? Retrouvé un emploi ? Amélioré leurs connaissances ? Renforcé leur autonomie ? Créé de nouveaux liens ?

Vous pouvez avoir réalisé dix ateliers, touché cent personnes et constater ensuite que 72 d’entre elles déclarent mieux connaître leurs droits ou que 35 ont effectivement entrepris une démarche à la suite de l’accompagnement. Ce dernier niveau donne davantage d’informations sur les impacts du projet.

Cela ne signifie pas que chaque ASBL doive construire un dispositif scientifique d’évaluation. Le niveau d’exigence doit rester proportionné au financement et au projet. Les principes de bonnes pratiques de Philea, qui rassemble de nombreux acteurs européens de la philanthropie, intègrent d’ailleurs le suivi et l’évaluation dans le cycle du financement non seulement dans une logique de redevabilité, mais également pour permettre aux fondations et à leurs partenaires d’apprendre et de faire évoluer leurs stratégies.

L’évaluation n’a donc pas uniquement pour objectif de montrer que le projet « a fonctionné ». Elle doit aussi aider à comprendre comment et pourquoi.

Documenter l’imprévu

Un projet peut produire des effets inattendus, négatifs comme positifs. Dans tous les cas, il est utile de documenter ces effets.

Une activité destinée initialement à développer les compétences numériques de personnes âgées peut, par exemple, créer un effet secondaire important sur l’isolement social, par exemple si les participant.es commencent à se rencontrer en dehors des ateliers. Un programme destiné aux adolescentes peut entraîner une mobilisation inattendue des parents. Une formation d’un groupe d’assistantes sociales peut faire émerger un réseau informel qui continue à échanger plusieurs mois après la fin du projet.

Ces résultats n’étaient peut-être pas inscrits comme indicateurs initiaux. Ils sont néanmoins précieux pour comprendre l’utilité réelle du financement. Ils peuvent également intéresser la fondation dans sa propre réflexion stratégique.

Une relation de financement devient particulièrement intéressante lorsque les deux parties peuvent apprendre du projet, plutôt que de simplement vérifier si les cases initiales ont été cochées.

Un bon rapport montre les dysfonctionnements et pistes d’amélioration

Certaines organisations rédigent leur rapport final comme un document de communication : tout est positif, tous les objectifs ont été atteints, les bénéficiaires sont satisfait.es, les partenaires également, les activités ont produit un impact considérable, etc. Cette vision peut être tentante, surtout lorsque l’ASBL espère obtenir un nouveau financement. Mais elle peut aussi réduire la crédibilité du rapport. Tout projet réel rencontre des difficultés, par exemple un public plus difficile à mobiliser que prévu, une méthode qui fonctionne très bien pour un public mais moins pour d’autres, un indicateur dont on découvre qu’il mesure mal ce que l’on voulait observer, ect.

Expliquer les contraintes rencontrées ne signifie pas dévaloriser son projet, au contraire. Une formulation informative pourrait être la suivante : « Nous avions prévu de mobiliser 80 participant.es mais n’en avons atteint que 54. Les entretiens menés avec l’équipe et les partenaires montrent que les horaires étaient peu compatibles avec les contraintes professionnelles du public. Pour la prochaine édition, nous organiserons une partie des activités en soirée. » Elle montre que l’ASBL ne se contente pas de compter, elle analyse et elle apprend.

Le rapport final ne devrait pas être une surprise

Si vous avez maintenu un contact raisonnable pendant le projet, le rapport final devrait principalement formaliser des informations que la fondation connaît déjà, au moins en partie. Elle ne devrait pas découvrir, à ce moment-là, que le projet a changé de public, que le coordinateur est parti depuis huit mois, qu’une activité majeure n’a jamais eu lieu, que 40% du budget n’a pas été dépensé ou que le projet s’est arrêté six mois plus tôt.

Un rapport final efficace résume le parcours. Il rappelle brièvement les objectifs, explique les principales activités réalisées, présente les résultats, analyse les écarts, expose les difficultés et apprentissages, rend compte du budget et indique les suites. Il n’est pas nécessairement très long. Un rapport de huit pages clair, documenté et honnête peut suffire.

Demandez-vous toujours : « Qu’est-ce que notre financeur doit réellement comprendre après avoir lu ce document ? »

Demander du feedback

Une relation de financement produit de l’expérience, profitez-en. À la fin du projet, demandez à votre interlocuteur comment il a vécu la collaboration. Le reporting était-il suffisamment clair ? La communication était-elle adaptée ? Quels éléments lui ont paru particulièrement solides ? Quels points pourraient être améliorés ?

Cette démarche peut être utile même lorsqu’aucun nouveau financement n’est envisagé. Elle permet de professionnaliser progressivement votre recherche et votre gestion de fonds privés. Elle envoie également un signal positif : vous considérez la relation comme une occasion d’apprentissage, et non simplement comme une transaction financière.

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7. Penser à la suite en amont de la justification

Un financement prend fin, la question est alors : que se passe-t-il ensuite ? Le projet doit-il continuer ? Certaines activités peuvent-elles être intégrées aux moyens ordinaires de l’ASBL ? Faut-il rechercher un nouveau partenaire ? La fondation envisage-t-elle éventuellement un renouvellement ? Le modèle repose-t-il sur un financement temporaire destiné à lancer une activité qui doit ensuite devenir autonome ?

Ces questions auraient dû être posées bien avant la date de clôture. D’ailleurs, les principes de bonnes pratiques de Philea invitent les fondations à réfléchir dès la conception des programmes à leur durée et à leurs stratégies de sortie. La même réflexion est utile du côté de l’ASBL ; un projet ne devient pas pérenne simplement parce qu’il a bien fonctionné. S’il coûte 80 000 euros par an, il faudra identifier comment ces ressources seront mobilisées à moyen et à long termes. Lorsque vous savez que le financement est limité à deux ans, commencez donc à préparer l’après-financement avant la fin de la deuxième année.

Peut-on demander un renouvellement ?

Oui, lorsque le cadre du financeur le permet. Mais un premier financement ne crée pas automatiquement un droit au suivant. La fondation peut avoir pour stratégie de financer uniquement l’expérimentation. Elle peut vouloir renouveler ses bénéficiaires. Son budget peut avoir diminué. Ses priorités peuvent avoir changé.

Si vous souhaitez poursuivre la relation, abordez la question suffisamment tôt. Pas nécessairement sous la forme : « Allez-vous nous refinancer ? » Mais plutôt : « Nous arrivons à la deuxième année du projet et les premiers résultats montrent que l’accompagnement répond durablement à un besoin. Comment envisagez-vous habituellement la suite des projets que vous soutenez ? Une nouvelle demande auprès de votre fondation est-elle envisageable ou devons-nous plutôt chercher un relais ? »

Cette formulation permet également au financeur de vous conseiller. Une fondation qui ne peut pas renouveler son soutien peut parfois vous orienter vers un autre partenaire.

8. Conclusion : la confiance se construit après le « oui »

Ce qu’il faut surtout éviter

Pour résumer, voici les principales erreurs à éviter :

  • laisser la relation se détériorer progressivement ;
  • disparaître pendant un an, puis envoyer un rapport final (en retard) ;
  • modifier fortement le projet sans en parler ;
  • présenter uniquement les réussites et masquer les difficultés ;
  • dépenser une partie significative du budget sur un poste non prévu sans vérifier si cela est autorisé ;
  • informer la fondation d’un problème uniquement lorsqu’il n’existe plus aucune possibilité d’adaptation ;
  • envoyer un rapport financier impossible à rapprocher du budget initial ;
  • ou encore contacter le financeur deux semaines avant la fin du soutien uniquement pour demander un renouvellement.

À l’inverse, il n’est pas nécessaire de surcharger la fondation d’informations. L’objectif n’est pas d’envoyer un compte rendu après chaque réunion d’équipe. Une bonne relation repose sur un niveau de communication proportionné au projet, aux changements et aux attentes du partenaire.

Ce qu’une fondation attend après avoir financé votre ASBL

Il est impossible de dresser une liste universelle des attentes des fondations. Les pratiques varient selon les montants, les programmes, les pays, les thématiques et les cultures philanthropiques. Cependant, quelques principes traversent la plupart des relations de financement.

Une fondation souhaite généralement savoir que les moyens accordés sont utilisés conformément à ce qui a été convenu. Elle souhaite comprendre comment le projet évolue. Elle attend que les changements importants soient communiqués. Elle doit pouvoir rendre compte, elle aussi, de l’utilisation de ses ressources. Et elle cherche à comprendre ce que le projet a produit.

En retour, une ASBL peut attendre du financeur des règles suffisamment claires, des obligations proportionnées au montant accordé, une capacité à entendre les difficultés et, idéalement, une relation fondée sur la confiance plutôt que sur la suspicion.

Les bonnes pratiques européennes du secteur philanthropique insistent précisément sur cette dimension collaborative : responsabilité, évaluation, partage des apprentissages et respect mutuel entre fondations et partenaires. Le reporting n’est donc pas uniquement une exigence administrative, il participe complètement à la relation.

Lorsqu’une fondation annonce qu’elle finance votre projet, c’est une nouvelle étape commence. Pendant la candidature, vous avez demandé à la fondation de vous faire confiance. Après le financement, vous avez l’occasion de montrer que cette confiance était justifiée. Pas en réalisant un projet parfait. Mais en gérant sérieusement les moyens confiés, en suivant ce que vous faites, en étant capable d’expliquer les résultats, en signalant les difficultés suffisamment tôt et en faisant preuve de transparence lorsque la réalité diffère du scénario initial.

Une fondation retiendra évidemment les résultats obtenus. Mais elle retiendra aussi la qualité de la relation. Une ASBL qui annonce rapidement un problème, propose des solutions, produit un reporting clair et sait reconnaître ce qui n’a pas fonctionné peut parfois inspirer davantage confiance qu’une organisation qui affirme que tout s’est déroulé exactement comme prévu.

La qualité de la relation dépend largement d’une chose : ne pas considérer le financeur comme quelqu’un à qui l’on doit uniquement rendre des comptes à la fin, mais comme un partenaire qu’il s’agit d’informer au sujet de votre projet, ses difficultés et les façons dont votre association s’est adaptée.

Caroline Watillon