Militantisme et associatif : conseils d’experte pour se protéger du burn-out

Être investi dans un emploi associatif c’est, généralement, vouloir faire en sorte que la société soit meilleure. Un engagement qui rend les travailleuses et travailleurs plus à risque face au burn-out. MonASBL.be en a parlé avec Anne Habets, coach psycho-émotionnel et directrice de Stress Out.

Dans le secteur associatif, le travail n’est généralement pas dissocié du militantisme. Un engagement qui peut parfois entraîner à l’épuisement, voire au burn-out. Sur le terrain, certains témoignages ont fait écho de ce phénomène. Comme celui de Fabienne Richard, directrice de l’asbl GAMS Belgique, pour le Guide Social ou encore ceux recueillis par le magazine axelle.

Comment tenir sur la durée sans s’user ? MonASBL.be en a discuté avec Anne Habets, coach psycho-émotionnel et directrice de Stress Out.

"Il touche des gens investis voire surinvestis. Il y a donc potentiellement plus de risques dans le secteur associatif"

MonASBL.be : Est-ce que les personnes qui travaillent dans le secteur associatif sont plus à risque face au burn-out ?

Anne Habets : Le profil-type du « burnie » (une personne en burn-out), c’est une personne passionnée. Ça touche des gens qui sont engagés, investis voire surinvestis. On peut donc dire qu’il y a potentiellement plus de risques car dans le secteur associatif il s’agit en général de personnes qui s’investissent par rapport à une mission, à un emploi qui leur parle et qui vient toucher leurs valeurs et le sens du travail. C’est quelque chose de profond et important qui va encourager le fait de se surpasser et de se surinvestir dans son travail, parfois sans avoir la capacité de s’écouter.

Il y a des signaux d’alerte (le besoin de s’isoler, l’hyper irritabilité...) et en général la personne n’est pas capable de les entendre. Ou, en tous cas, il y a une espèce de décalage entre le corps et l’émotionnel qui expriment des difficultés et le mental qui prend le dessus avec des croyances comme : « Tu en as vu d’autres », « tu es forte », « ils ont besoin de toi » ... Toutes ces croyances deviennent limitantes, voire toxiques, car elles empêchent de voir les signaux d’alerte.

Il est nécessaire de rappeler que le burn-out ne peut être diagnostiqué que par un généraliste ou un psychiatre. C’est un syndrome, donc un ensemble de symptômes, et il faut bien faire la part des choses entre le burn-out ou un stress chronique par exemple. Il y a des symptômes qui sont obligatoires pour parler de burn-out.

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"Dans le secteur associatif, il y a beaucoup de charge émotionnelle alors il faut penser à comment la décharger"

MonASBL.be : Comment faire pour tenir sur la longueur et éviter le burn-out ?

Anne Habets : Il faut garder en tête que le stress n’est pas toxique tant qu’il est suivi par un moment de détente. Donc quand j’ai un gros pic de stress par exemple avec un rapport à rendre, une situation compliquée avec un bénéficiaire... je dois avoir un gros pic de détente en termes d’intensité et pas de durée. L’erreur fondamentale c’est de tirer sur la corde et de penser qu’on va se reposer en vacances. C’est purement mental, ce n’est pas ce dont le corps à besoin. Le corps a besoin de se reposer tous les jours.

Il y a alors trois bulles de détente. La mini bulle correspond à 5 minutes de pause toutes les 1h30 ou 2h pendant lesquelles je lâche mon PC, je fais autre chose et je reviens. Il y a la bulle journalière : on conseille 15 minutes, généralement entre la fin du travail et la vie privée, sans objectif de performance. Plus on a un travail sur le mental plus on va favoriser le moment de détente sur une autre dimension, c’est-à-dire quelque chose de plus physique (comme le jardinage, une promenade, du sport...) ou émotionnelle.

Dans le secteur associatif, il y a beaucoup de charge émotionnelle alors il faut penser à comment la décharger. Souvent, je demande à la personne ce qu’elle aimait faire quand elle était jeune : peindre, danser, chanter...

Enfin, il y a la bulle fondamentale qui est la bulle hebdomadaire, entre 1 et 2h. Ce qui est important, c’est de réfléchir à ce qui nous donne du plaisir.

Il y a un autre élément important dans le secteur associatif, c’est le fait qu’on va souvent retrouver la travailleuse ou le travailleur infatigable, idéaliste ou qui tombe dans le rôle du sauveur. Pour passer du sauveur à la personne aidante, il faut se poser 4 grandes questions :

  • Est-ce qu’il y a une demande explicite ?
  • Est-ce que j’ai les compétences et les moyens, dont le temps, pour le faire ?
  • Est-ce que la personne contribue au moins à 50% de la solution ?
  • Est-ce que j’en ai envie ou est-ce mon rôle ?

Dans beaucoup de cas, les personnes se rendent compte que ce n’est pas leur rôle.

"Il y a une responsabilité du management au niveau du stress collectif"

MonASBL.be : Le ou de la responsable d’ASBL a un rôle à jouer dans tout cela...

Anne Habets : D’abord, il faut rappeler qu’il y a une loi. Tout employeur doit prévenir le burn-out par tous les moyens possibles. Et je dois appuyer sur le fait que de plus en plus d’employés attaquent les directions car il n’y a pas eu la prévention nécessaire. Et ils gagnent.

La première des étapes c’est donc de sensibiliser. Il y a également une responsabilité du management au niveau du stress collectif. Il ne faut pas rajouter du stress au stress individuel, afin d’améliorer la résilience au travail.

En deuxième niveau, quand il y a déjà un burn-out ou qu’une personne est en train de glisser, il va falloir faire un diagnostic. Le problème c’est que souvent même si la direction fait le diagnostic, les conclusions et les choses à mettre en place ne sont pas mises en place.

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On parle toujours d’un triangle de coresponsabilité : il y a individu, l’ASBL, le département auquel il appartient ou son N+1 si c’est une plus petite structure. Quand un burn-out est diagnostiqué, c’est important pour la direction de réfléchir à comment supprimer ou modérer les facteurs qui ont mené au burn-out.

Si la ou le responsable d’ASBL n’a pas les moyens pour réaliser un diagnostic, il est possible d’ajouter une question par exemple au moment de l’entretien individuel comme : « Entre 0 et 5 quel est le niveau de stress global ? ». Puis le diviser par famille : « Au niveau de l’organisation ? Du rapport avec les collègues ? ... ». Une fois qu’on a identifié le stress, quelles sont les solutions réalistes à mettre en place ? Pour que la personne ne soit pas juste dans une posture de victime.

Dans la prévention c’est important que ce soient les proches, le ou la responsable de l’ASBL, les collègues qui voient l’évolution de la personne car elle-même ne sera pas capable de voir qu’elle est en train de glisser vers une série de symptômes qui vont empirer.

Liens utiles sur l’experte :

Anne vous initie à son Stress Out Café
La chaîne Youtube "Anne Habets Stress Out »